Rapidement, la Validation des Acquis et de l’Expérience a suscité un intérêt, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’elle est apparue comme un dispositif moins contraignant que la formation en présentiel, qui requiert une disponibilité plus grande, étant donné l’importance de la durée des études. C’était de plus l’occasion, pour des professionnels souvent peu qualifiés – une majorité d’entre eux possédant un diplôme équivalent ou inférieur au baccalauréat – de développer leur niveau de formation dans un cadre plus favorable que le face à face pédagogique, qui pour nombre d’entre eux renvoie à un système scolaire vécu comme une expérience éprouvante et dévalorisante. 

Ajouté à cela, la VAE présente l’intérêt de prendre en compte les expériences bénévoles qui sont fréquentes dans les champs de l’animation et de l’accompagnement du travail social et du paramédical. En effet, le secteur associatif requiert souvent de la part de ses membres une implication qui est possible d'être valorisée, tout comme le secteur de l’aide à la personne, dans lequel de nombreux aidants familiaux dépensent une grande énergie, et développent des compétences dans un cadre informel, qui pouvaient alors être prises en compte. 

Enfin, les évolutions sociétales et démographiques réunionnaises impliquent des besoins importants dans les secteurs des loisirs, du soin et de l’accompagnement social. Les pouvoirs publics ont pris conscience de ces enjeux, en incitant à la formation continue les intervenants de ces secteurs d’activité, notamment à travers l’obligation de qualification des contrats aidés, qui sont nombreux à La Réunion. Les personnes possédant une expérience significative dans ces secteurs se sont donc rapidement emparées du dispositif VAE pour se qualifier et ainsi ouvrir des perspectives de professionnalisation. 

Un dispositif complexe 

Suite à la loi de modernisation sociale de 2002, l’engouement suscité par le dispositif VAE ne fut cependant pas sans poser de difficultés. Car si les candidats furent nombreux à vouloir s’inscrire dans cette démarche, ils se sont confrontés à des procédures complexes, portées par des institutions multiples. Chaque ministère possède une approche de la VAE différente avec une culture propre et une procédure spécifique. Par exemple, l'entretien est facultatif pour les diplômes de l’animation et du sport, alors qu’il est obligatoire pour les diplômes paramédicaux et du travail social. Par conséquent, les conseillers d’orientation ont été rapidement submergés par des demandes auxquelles ils pouvaient difficilement répondre. 

Parallèlement, le dispositif VAE a suscité un intérêt pour des formateurs qui y ont perçu une possibilité de démocratisation de l’accès à la qualification. Ils ont été nombreux alors à s’improviser accompagnateurs, étendant ainsi leur champ d’intervention. Parmi ces novices, figuraient également des professionnels qui étaient sollicités par des candidats, pour être accompagnés dans un cadre plus informel. Toutefois, la pratique de l’accompagnement restant différente de celle de la formation, nombre d’entre eux ont vite abandonné ou fait de l’accompagnement à la VAE une pratique résiduelle. Phénomène qui a eu pour conséquence, une augmentation des candidatures restées sans réponse, faute d’accompagnateurs confirmés et disponibles. 

A cette situation délicate s’est ajoutée la refondation, le 1er janvier 2011, des services étatiques déconcentrés, avec la création de la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSCS), chargée de la certification des diplômes de l’animation et du sport, ainsi que de ceux du travail social et paramédical.  
Ainsi dans le cadre de la VAE, la DJSCS est un centre valideur pour les diplômes sanitaires et sociaux (ex : DE AMP, DE AS, DE AF, DE AP, DEAVS, CAFERIUS, DE EJE, ergothérapeute,  DE IS,  DE MF,  DDPPH,  DE TISF et IBODE) ainsi que pour les diplômes du sport et de l'animation socio-culturelle (BAPAAT de niveau V,  BPJEPS de niveau IV,  DEJEPS de niveau III et  DESJEPS de niveau II). 

C’est dans ce contexte et au regard de l'accroissement des diplômes ouverts à la VAE que s’est imposée la nécessité de structuration de ce secteur. La DJSCS Réunion décide de professionnaliser ses acteurs locaux. 

Une professionnalisation des acteurs de la VAE

 

Le ministère de la Jeunesse et des Sports ayant été précurseur dans la formation des accompagnateurs et des jurys – avant même la loi de modernisation sociale dans le cadre de la Validation des Acquis Professionnels -, c’est le CREPS (Centre de Ressources, d’Expertise et de Performance Sportives) qui a été missionné à La Réunion pour la professionnalisation des acteurs. En 2012, la DIECCTE (Direction des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi) a octroyé à la DJSCS une enveloppe pour relancer la structuration du secteur, selon plusieurs axes :
* la formation de jurys spécialisés sur certains diplômes en lien avec leurs compétences
* la formation des conseillers des Points Relais Conseil
* la formation des accompagnateurs, en fonction de leur expérience (niveau 1 pour les novices, niveau 2 pour les plus expérimentés)

Une harmonisation des pratiques : le réseau des accompagnateurs VAE 

La DJSCS a fait le choix de constituer un réseau d'accompagnateurs des candidats à la VAE issus de milieux professionnels différents. Le critère commun aux personnes intervenantes est l'appartenance au champ de la formation. Les statuts des accompagnateurs sont divers : 1-des consultants;2-des indépendants;3-des salariés de centre de formation.  
Le groupe de travail se compose de personnes ayant de l'expérience dans l'accompagnement de façon formelle ou de façon informelle. Une référente ayant la pratique de l'accompagnement au sein de différents ministères guide les rencontres dans le respect de la commande de la DJSCS. 
Les personnes qui ont rejoint le réseau sont de niveaux différents allant du bac+2 au doctorat des sciences de l'éducation. Tous ont une pratique de l'accompagnement (comme animateur, formateur ou accompagnateur VAE), certains d'entre eux sont déjà formés sur l'accompagnement de la VAE pour tous les ministères. Les formations de certains d'entre eux sur l'analyse de l'expérience ou de l'activité permettent de contribuer à des avancées significatives dans la réflexion sur des modèles d'accompagnement qui sont proposés comme prestations aux candidats de la VAE qui solliciteraient ce réseau.  
La diversité de la pratique de la VAE par les acteurs amène ceux-ci à collaborer au groupe de travail de manière différente en raison dans la singularité de leur parcours. Dans un souci d'une construction harmonisée des accompagnateurs, des axes de travail sont proposés par les participants. Ils peuvent donc s'approprier la réglementation relative à la VAE et ses actualisations notamment dans le contexte d'une dynamique législative concernant ce dispositif (cf. Loi Travail) mais surtout être capable d'offrir une prestation conforme au besoin de la démarche VAE. Par conséquent, les accompagnateurs apprennent et / ou réinterrogent leurs pratiques par l'acquisition de méthodologies leur permettant d'offrir des prestations d'accompagnement. 
Les propositions de travail s'articulent également autour de la qualité que la DJSCS souhaite voir se développer par ces prestataires. Elle affiche la nécessité de les soutenir afin de faire ressortir un réseau identifié par sa démarche
Questionner l'expérience des accompagnateurs permet d'affiner les pratiques et de développer des attentions particulières sur les besoins des accompagnés mais aussi des accompagnateurs. 
Emerge alors un réseau d'entraide, où chacun a le souci de la capitalisation de l'expérience sur l'expérience. Cela rend compte de la nécessité d'une appropriation par l'échange expérientiel. Se construisent alors des réponses pertinentes à des situations que la démarche VAE oppose à tous ses acteurs en raison de la singularité de son exercice. 
Aussi, la DJSCS donne au réseau les moyens de ces échanges en mettant en place des regroupements trois à quatre fois par an pour une durée variant entre une à deux journées. La participation à ce regroupement donne accès à l'inscription sur une liste proposée par la DJSCS aux demandeurs de cette prestation d'accompagnement.  Le collectif permet de faire émerger et vivre des pratiques qui par leur formalisation rendent visibles l’activité des accompagnateurs VAE.
  
Des chantiers en cours visant la qualité de la prestation d'accompagnement de la VAE 

Au travers de ces diverses rencontres, le réseau des accompagnateurs émet la volonté d'une reconnaissance de leur activité et de la traduction par une compétence spécifique d'accompagnateurs ayant une certaine qualité de prestation. S'ouvrent alors des axes de travail autour de la professionnalisation des participants. D'une part, elle vise la relation accompagnateur-accompagné par l'acquisition de méthodologie et de posture et d'autre part la relation interne aux accompagnateurs par la création d'outils ayant pour vocation de favoriser des échanges de pratiques efficientes. 

Article écrit par Philippe GLÂTRE et Jasmine HYPPOLITE
Membres du réseau accompagnateur VAE des diplômes de la DJSCS

Focus sur ...

Plaquette d'information sur la Validation des acquis de l'expérience

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